Henri Caffarel

L'oraison selon le Père Caffarel

Le père Caffarel (1903-1996) était intimement convaincu de l’importance de l’oraison pour la vie conjugale. C’est ainsi qu’il crée, en 1957, les Cahiers sur l’oraison, une revue bimensuelle pour initier les laïcs à cette forme de prière silencieuse. Publié le 15 novembre 2017.

Le Père Caffarel a beaucoup réfléchi sur l’oraison et il a toute sa vie été un maître de prière. Pour les Équipes Notre-Dame et la revue l’Anneau d’Or, il a rédigé de nombreux articles sur la prière, notamment des «Lettres sur l’oraison». À partir de 1957, il dirige les «Cahiers sur l’Oraison».

"Vouloir prier, c'est prier" affirmait le Père Henri Caffarel. L'essentiel de l'oraison, c'est vouloir orienter tout son être vers Dieu qui attend la volonté de l'homme pour se révéler. Il propose alors cinq conseils pour vivre l'oraison.

Vouloir prier

Prier chaque jour relève d'un acte de volonté et ce n'ai pas toujours facile. Voilà ce qu'en dit le Père Caffarel :
«Il m'arrive, comme tout un  chacun,  d'être stressé, préoccupé. Prier relève alors d'une décision, d'un acte de volonté. Je veux prier ! Alors, je dis le nom de Jésus. Parfois, ce peut être un "Je vous salue Marie" ou le "Magnificat". Je laisse les mots affleu­rer mes lèvres. Je prends tout mon temps. Vient alors un moment de silence. Et ce silence est un trésor. J'aime demeurer dans la pièce, enveloppé de silence, parce que je sais que je suis devant Jésus. Je voudrais l'aimer toujours plus [...]. Au fond, toute prière véritable tend au silence. Et dans ce silence, j'essaye  de me tourner vers Dieu avec confiance : "Que veux-tu de moi ?"» (1)

Se fixer un temps fixe quotidien

Pour lui, il n'y a pas de règle universelle, mais celle que l'on se fixe et laquelle on doit se tenir.
«Le Seigneur nous laisse libre du lieu et du moment qui convient le mieux pour l'oraison, du nombre de minutes à lui consacrer. Le père Caffarel suggère au moins trente minutes. "Il faut en effet du temps pour se libérer de soi­ même et des ses soucis, pour que l'être profond, le "cœur" se dégage et entre en jeu". C'est souvent plus facile le matin, car tout est neuf et le recueillement semble moins ardu. La prière peut imprégner nos actes le reste de la jour­ née. Pour d'autres, c'est le soir, alors que nous nous préparons au sommeil. Qu'importe, l'important est de choisir à 1'avance un temps et de s'y tenir.» (2)

Bien commencer

Le père Caffarel propose des conseils concrets pour bien débuter l'oraison et prendre conscience du Dieu présent en nous :
«Je vous engage donc vivement à veiller aux gestes et attitudes du début de l'oraison. Une génuflexion bien faite, acte de l'âme autant que du corps ; une attitude physique nette et forte d'homme éveillé, présent à soi-même et à Dieu ; un signe de la croix, lent, chargé de sens. Lenteur et calme sont d'une grande importance pour rompre le rythme précipité et tendu d'une vie aussi affairée que la vôtre. Quelques instants de silence : comme un coup de frein, ils contribueront à vous introduire au rythme de l'oraison et à opérer la rupture nécessaire avec les activités précédentes. Il peut être bon aussi de réciter une prière vocale, très lentement, à mi-voix. Prenez conscience alors, je ne dis pas de la présence de Dieu, mais du Dieu présent : un vivant, le Grand Vivant, qui est là, vous attend, vous regarde, vous aime. Il a son idée sur cette oraison qui commence et vous demande d'adhérer pleinement à ce qu'il en veut.» (3)

Habiter son corps

Les attitudes corporelles sont importantes dans l'oraison, le corps soutient la prière. Différentes postures peuvent aider à prier : être debout pour louer et accueillir, s'agenouiller et se prosterner pour adorer et demander pardon, s'asseoir pour écouter et médi­ter. Le corps exprime la prière par de simples gestes : mains levées pour intercéder et offrir, mains ouver­tes pour demander et recevoir, mains jointes pour supplier et se recueillir, mains croisées sur la poi­trine pour intérioriser et écouter. Pour le Père Caffarel, «Négliger le corps à l'heure de la prière, ce n'est pas seulement une erreur théorique, c'est aussi une erreur pratique. Le  corps laissé pour compte ne tardera pas à se rappeler à notre attention : tendu nerveusement et physiquement ou impatient d'agir, il ne tiendra pas en place. Et l'agitation du corps entraînera l'agitation de l'esprit.» (4)

Rejoindre la prière du Christ

«Chaque chrétien qui prie, c'est le Christ qui prie», explique le père Caffarel. Le chrétien doit laisser la prière du Christ l'envahir pour pouvoir louer le Père. «Il ne s'agit pas tant de "faire" oraison que de "rejoindre" en vous une prière qui s'y trouve, toute faite. La prière chrétienne est non d'abord l’œuvre de l'homme, mais œuvre de Dieu en l'homme. Depuis le jour de votre baptême, et du moment que vous êtes en état de grâce, la prière est en vous. Non pas certes au niveau de la sensibilité, ni des sentiments ou des idées mais, bien plus profondément, en cette zone intime de votre être, en cette crypte intérieure où l'Esprit Saint réside.» (5)

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(1) p. 81 in Henri Caffarel. Maître d’oraison, Jacques Gauthier, préface de Paul-Dominique Marcovits, Cerf, 160 p., octobre 2017.
(2) p. 84, ibidem.
(3) p. 88, ibidem
(4) p. 94, ibidem
(5) p. 98, ibidem

Geneviève Pasquier
Croire.com